__Sur le Boeing XF-32

Le Boeing X-32 est un appareil de démonstration présenté dans le cadre de la compétition du Joint Strike Fighter, qui vise à concevoir un nouveau chasseur-bombardier de base pour remplacer les F-16, F-18, F-4E, A-10, et les AV-8B. D'énormes sommes sont en jeu pour le célèbre avionneur réputé pour la fiabilité et la solidité de ses gros porteurs. Le Pentagone a sélectionné cette compagnie pour construire deux prototypes démonstrateurs: le premier, le X-32A, à décollage et atterrissage conventionnel, et le second, le X-32B avec poussée vectorielle.

Le X-32 au décollage

Les premières esquisses ont été dessinées en 1997, et elles ressemblent aux "lifting bodies" stratosphériques mis au point par la NASA dans les années 60. Elles présentent une silhouette combinant une fuselage et une aile delta. En fait, le X-32 est essentiellement une "forme" plutôt qu'un ensemble d'ailes fixées à un fuselage. Les deux prototypes sont assemblés à l'usine de Palmdale en Août 1998, et l'assemblage final est terminé en Octobre 1999. L'élément conceptuel majeur du X-32 est la grande quantité de matériaux composites utilisés dans la fabrication de sa voilure. L'aile delta est constituée de plusieurs couches de résines contre-plaquées moulées à chaud et incorporées à la structure même du fuselage. Cela a l'avantage de produire une voilure plus solide, et de réduire considérablement le nombre de pièces dans la conception des deux appareils. Les ingénieurs de Boeing ont trimé dur pour trouver le meilleur mélange résineux, car des tests statiques initiaux ont révélé des fissures à de nombreux endroits - ce qui va retarder la construction du X-32 de plusieurs mois. Il faut rappeler que cette voilure en composite loge à la fois le train d'atterrissage et aussi l'armement.

Vues schématiques du Boeing X-32

Le cockpit du X-32 comprend une suite avionique complètement intégrée au système d'armes que Pentagone a adopté pour le chasseur de supériorité aérienne F-22. Elle comprend des systèmes de télémétrie datalink pour la synchronisation de la visée avec l'armement emporté, un ordinateur central, deux ensembles de gouvernes électriques fly-by-wire indépendantes, un nouveau viseur tête haute avec viseur instinctif couplé à une capacité de "zoomer" sur un objectif - une trouvaille déjà présente sur les MiG-29 et Su-27 russes, et qui a reprise par l'équipe de Boeing.

Une esquisse simulée du tableau de bord d'un Boeing X-32

Le X-32 comprend un nouveau radar multimode APG-65 permettant au pilote de passer rapidement du mode air-air au mode air-sol. Ce radar renvoie son information sur un écran LCD situé au centre du tableau de bord (ci-haut), et favorise la sélection instinctive de l'armement emporté. Un radar passif est également présent pour détecter les radars ennemis. Un viseur laser est intégré à l'avionique. Le fuselage comprend une entrée d'air à flux variable qui achemine l'air aux pales du turbojet. Les gouvernes fly-by-wire du X-32 sont branchées via le procédé HOTAS qui existe depuis l'introduction du F-18 et du F-16C. L'ergonomie du tableau de bord a été simplifiée en trois modules rigides faciles à entretenir et réparer, et il ne comprend que le minimum de boutons et d'indicateurs. Sa partie gauche est réservée aux système digitaux et sa partie droite aux instruments analogiques; la partie centre est occupée par l'écran LCD du radar APG-65. Cet arrangement a beaucoup plu aux pilotes d'essais durant l'évaluation des deux prototypes.

 

L'aile delta en fibres composites de thermo-plastique

Pour couper les coûts de conception et de production, l'équipe d'ingénieurs de Boeing adopte le turbofan Pratt & Whitney F119-614 avec une turbine à pression variable pour permettre au X-32 de conserver la maniabilité à basse vitesse. La tuyère est constitué par une ouverture carrée fixe pour le X-32A, et orientable pour le X-32B. Ce turbojet est capable de produire une poussée maximale de 20 tonne de poussée. Sur le X-32A, la totalité de cette poussée a produit un appareil rapide, mais surtout très maniable à toutes les vitesses.

Le Boeing "Lift System"

Sur le X-32B, une partie de cette énergie est partiellement transférée à deux tuyères vectorielles latérales situées au centre de gravité de l'appareil. C'est une formule qui a fait ses preuves sur le AV-8 Harrier britannique. Le fuselage loge de nombreux containers de leurres IR et de paillettes. Le fuselage des deux X-32 loge un embout rétractable pour le ravitaillement en vol. Le "Lift System" mis au point par Boeing est, en fait, une version modernisée du Harrier.

Le Lift System de Boeing du prototype X-32B

Conceptuellement, il s'agit d'un système plus économique que celui proposé par le rival du X-32, soit le X-35 de Lockheed-Martin. Deux tuyères latérales, qui sont en fait des embouts vectoriels, sont combinés avec les pitch nozzles situées sur la base de la tuyère dorsale de l'appareil. La conduite et le roulis du X-32 sont assistés par deux mini-tuyères de roulis appelées "roll tubes" encastrées dans la voilure, et qui lancent leur jets du bout des ailes - tout comme dans le AV-8B Harrier.

Démo schématique du Lift System

En gros, l''installation de ce système n'exige pas un investissement coûteux de la part du fabricant, et il permet de sauver du temps sur la construction de l'appareil. Le grand avantage du Lift System de l'équipe Boeing est de favoriser une transition aisée des pilotes qui ont déjà été formés à voler sur les AV-8B Harrier de l'US Navy et de la Royal Navy vers le X-32.

Le turbojet Pratt & Whitney F119-614

Cependant, les économies réalisées dans la conception de la propulsion se font au prix de certains désavantages. Pour assurer l'équilibre de l'appareil durant le vol vertical, le turbojet doit être installé au centre du fuselage et non à l'arrière - cela exige une énorme entrée d'air digne d'une gueule d'hippopotame.

La soute droite d'un X-32

N'empêche, le X-32 constitue une approche quitte ou double pour Boeing; un appareil de conception simple, relativement peu coûteux, et qui offre de grandes capacités tactiques: le vol supersonique que le Harrier n'a pas, la furtivité, la facilité d'entretien, l'emport de munitions air-air et air-sol, ainsi qu'une grande maniabilité. Pour ce faire, les ingénieurs de Boeing a réduit le nombre de pièces requis pour construire l'appareil, et il sera 1500 livres plus léger que son rival. Pour contribuer à sa furtivité en vol, tout l'armement du X-32 est porté en soute, comme le F-22. L'armement en soute réduit la traînée de l'appareil.

Les essais en vol

Au printemps 2000, les premiers tests statiques et "en taxi" des X-32A et B se déroulent comme prévu. Le 18 Septembre 2000, le X-32 est acheminé dans un C-17 de Parmdale en Floride jusqu'à la base aérienne d'Edwards en Californie - le terrain qui a vu naître et mourir tous les prototypes testés par l'US Air Force et l'US Navy. Durant le vol inaugural premier pilote d'essai, Fred Knox, rapporte que l'appareil est à la fois facile à piloter et à manœuvrer. Cependant, il découvre des fuites dans le liquide hydraulique du train d'atterrissage. Néanmoins, le prototype atterrit normalement, mais les ingénieurs de Boeing doivent régler ce problème, car le délai de 51 mois pour la conception d'un démonstrateur JSF fonctionnel arrive à sa fin. Une fois réparé et modifiés, les deux X-32 firent 22 vols d'essai à Edwards AFB . Au quarantième vol, un autre pilote d'essai, O'Donohue, démontre la stabilité du X-32 en vol stationnaire en effectuant un tour de 360 degrés à 200 pieds d'altitude (ci-bas), et pose son appareil sans aucun problème. Cependant, l'équipe d'ingénieurs de Boeing constate un ennui dans les atterrissages verticaux: les tuyères latérales ont tendance à ingérer des gaz chauds rebondissant du sol, ce qui nuit à la stabilité dans les dernières secondes d'atterrissage - un problème qui a toujours gêné les pilotes de AV-8B Harrier.

La stabilité stationnaire du X-32B

Les deux X-32 font leurs tests de maniabilité en basse et haute vitesse. La transition en vol supersonique se déroule facilement et avec souplesse. La réponse au manche est excellente, et le X-32 parvient à rivaliser point par point avec son rival X-35. Les prototypes de Boeing terminent leurs tests un mois avant ceux de Lockheed-Martin. L'équipe de Boeing croit que la réputation de l'avionneur dans la qualité de ses fuselages, combinée avec le bas coût unitaire de leurs appareils antérieurs, fera du X-32 le chasseur-bombardier de choix pour les quarante prochaines années. Ils vont déchanter. Le 3 Novembre 2002, le comité de sélection du Pentagone écarte le X-32 de la compétition pour lui privilégier le Lockheed-Martin X-35. Bien que les prototypes de Boeing coûtent moins cher, il semble que les difficultés reliées au Lift System et, en particulier, aux deux tuyères latérales aient jouées en faveur du concept étudié chez Lockheed-Martin. De surcroît, les problèmes hydrauliques du train d'atterrissage, bien que mineurs, ont quelque peu irrité l'équipe de sélection du Pentagone. Objectivement, le X-32 et le X-35 ont démontré des performances de vol presque identiques. Les nombreux ingénieurs et critiques de la presse spécialisée sont d'avis que la sélection du X-32 aurait été acquise si le turbofan assisté du X-35 s'était cassé en vol…

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Laideur?

Les Américains sont ce qu'ils sont. Bien que pragmatiques, il aiment les belles choses. Serait-il possible que l'apparence du X-32 fut un facteur qui aurait joué en faveur de son rival? Il y a un vieux dicton dans l'aviation américaine qui affirme que if it looks right, it will fly right… Prenez l'exemple des produits de la défunte firme North American Aviation: le P-51D Mustang et le F-86 Sabre sont de beaux avions de combats. Ils ont également fort bien performés dans leurs conflits respectifs. Il est raisonnable d'affirmer que l'image d'un chasseur aussi laid que futuriste a nui à l'image de grâce en vol de l'appareil qui sera le prochain chasseur de base de l'aviation américaine. Mais, en fait, il semble que le Pentagone ait misé à la fois sur une apparence plus svelte et plus identifiable à vue au F-22 qu'à un appareil qui a l'allure d'un vilain petit canard trappu. Actuellement, les deux prototypes de Boeing sont devenu des pièces de musée, et le programme de chasse de la firme de Seattle a été cancellé.

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