Sur le A-9
En 1967, la firme Northrop répondit à la requête de l’U.S Air Force pour la construction d’un veritable avion d’attaque au sol. Le programme AX exigeait un appareil simple mais robuste qui soit capable d’appuyer les troupes au sol dans le cadre d’une guerre conventionnelle en Europe, ainsi que dans les hauts plateaux vietnamiens. Bien que l’hélicoptère armé offrait une plateforme stable pour effectuer des tirs d’armes légères, il n’avait ni la capacité d’emport ni la résistance d’un avion classique: il offrait une cible de choix à tout tireur résolu à défendre son bout de terrain. Quant aux chasseurs-bombardiers F-4, F-5, F-100 et F-105, ils étaient trop lourds, trop gloutons et rapides pour butiner à faible vitesse au-dessus d’un champ de bataille: ils étaient plutôt destinés aux frappes aériennes. L’armée américaine voulait s’occuper elle-même de la conception d’un appareil spécialisé dans l’attaque au sol, alors que l’USAF insistait sur un appareil polyvalent. Néanmoins, comme "tout ce qui a des ailes est du ressors de l'aviation", l'USAF accepta exceptionnellement le concept d'un appareil spécialisé pour une raison: parce qu'elle voulait consacrer l'essentiel de ses crédits de recherche à la mise au point d'un autre appareil spécialisé – le F-15, qui sera le chasseur de supériorité aérienne américain du dernier quart du XXème siècle.

Le YA-9 est un gros appareil
Le nouvel avion d'attaque au sol expérimental du programme AX a été défini comme un appareil simple, maniable, bien protégé et avec une bonne capacité d'emport, afin de servir d'artillerie volante pour les fantassins. L'USAF avait envisagé de le munir de deux turbopropulseurs, mais l'apparition de turbojets à double flux permit d'envisager un AX à réaction. Afin de pouvoir lutter contre les chars et les autres armes lourdes de terrain, les experts du Pentagone optèrent pour le concept de "l'avion-canon" allemand HS-129, utilisé à Koursk et Kharkov. L'avion serait en fait une cannonière volante qui n'avait rien en commun avec les chasseurs-bombardiers sexy qui faisaient l'orgueuil de l'USAF. L'AX devait également être un appareil peu coûteux; le Pentagone avait stipulé que l'appareil ne devait pas dépasser $1.4 milliards l'unité. Tout coût supplémentaire entrainerait l'annulation du programme. Le 18 Décembre 1970, seuls les prototypes présentés par Fairchild et Northrop furent retenus pour évaluation. Le premier fut financé par un contrat de $41 millions, et le second par un contrat de $23 millions. Les concepteurs de ce projet chez Northrop furent Warren Klauer et Wal Fellers. Le projet fut identifié YA-9, et deux prototypes furent construits pour fins d'évaluation.

La silhouette du YA-9 était dessinée pour le vol à basse vitesse.
Le A-9 était de construction simple, avec ses ailes droites pour une bonne maniabilité à vitesse basse. Son cockpit blindé en titane protégeait le pilote des tirs antiaériens. Pour améliorer la précision du tir, l'appareil fut doté du système qui coordonnait la gouverne de direction et les ailerons pour permettre au A-9 de manœuvrer sans déraper, tout en permettant au pilote de tirer instinctivement. Le A-9 avait comme atout d'utiliser des pièces et composantes de d'autres appareils, ce qui simplifiait à la fois son entretien et réduisait son coût. Le système hydraulique avait été doublé, et un troisième système de commande par câbles et poulies en faisait un appareil à triple redondance, donc très fiable. Les réservoirs d'essence étaient entourés d'une mousse ignifuge destinée à absorber le choc des impacts de projectiles de canons-mitrailleurs. Le tableau de bord demeurait rustique car l'avionique était minimale: aucun radar, et un viseur fixe à tête haute. La visée était simplifiée par le fait que le canon-mitrailleur était inséré dans l'axe de symétrie de l'avion. Tout ce que le pilote avait à faire était de pointer son manche à balai, regarder le viseur et arroser la cible à la manière d'un boyau d'arrosage. Le A-9 ne comportait qu'un nombre minimal de pièces; ce qui signifiait qu'en moins d'une heure, un appareil endommagé pouvait redécoller avec de nouveaux moteurs et/ou de nouveaux ailerons.
Le GAU-8 (
cliquez sur l'image pour le son)L'arme principale du A-9 était le nouveau canon-mitrailleur multitubulaire rotatif GAU-8, construit selon le système Gatling. Il était composé de sept tubes de 30mm tirant une munition sous-calibrée en uranium appauvri. Il pouvait tirer à deux cadences: 2100 coups/min ou 4200 coups/min. A cette cadence élevée, le son du GAU-8 ne ressemble plus à un mitraillage, mais à une généreuse flatulence.. L'ensemble faisait plus de 6 mètres de longueur, soit l'envergure d'une Wolkswagen coccinelle. Cet énorme canon déterminait le volume de l'avion; car, il était encastré dans ce dernier.

Un vol d'essai
Le premier YA-9 fonctionnel fut achevé en Mars 1972 à Hawthorne, en Californie, et testé à la base aérienne d'Edwards en Mai suivant. L'appareil avait une bonne tenue de vol; le second prototype vola le 23 Août. Les tests s'avérèrent intéressants, voire même prometteurs pour les ingénieurs de Northrop. Le 2 Janvier 1973, le bureau AX de l'USAF confronta les deux YA-9 de la firme Norhtrop aux deux YA-10 de la firme Fairchild-Republic. Les deux avions furent testés durant deux mois et furent durement malmenés. Le 9 Janvier 1973, les deux prototypes YA-9 avait réalisé 238 sorties totalisant 652 heures de vol. Le bureau AX fit connaître les résultats dix jours plus tard: le Fairchild-Republic YA-10 l'avait emporté. Beaucoup de critères expliquent ce choix. Durant les vols d'essai, aucun des concurrents ne s'était montré inférieur à l'autre. Bien que les YA-10 testés avaient l'avantage d'être dans une configuration plus proche de la série, la raison qui fit basculer la décision était toute autre. L'USAF ne voulait pas que la mauvaise posture financière de la firme Fairchild-Republic cause la perte de la compagnie, et l'éparpillement de ses ingénieurs. De surcroit, l'USAF trouvait que la firme Northtrop était mieux lotie, à cause de ses programmes du F-5E et du YF-17. L'A-9 était voué à l'oubli, sur la tablette de l'histoire de l'aviation militaire. Le premier exemplaire repose au Musée Castle Air; le second est toujours visible sur la base aérienne de March. Le programme AX avait parfaitement atteint son objectif: le budjet fixé au départ à chaque firme concurrente fut respecté. Sur ce plan, le YA-9 fut une réussite.
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JPA Sites, 2001