___Sur le X-37

Le X-37 est un drone démonstrateur orbital visant à mettre au point ce qui pourrait devenir la future navette spatiale américaine. Le programme a débuté en 1998 par le biais de la NASA pour tester la validité d'un engin spatial non piloté, surtout pour des fins de transport spatial – c'est-à-dire le ravitaillement de la station spatiale internationale. La firme Boeing est retenue pour développer le prototype qui en partagera les coûts de développement avec la NASA. Le X-37 est le troisième démonstrateur mis au point par la NASA. L'idée de base étant de construire un drone pouvant être lancé par une fusée conventionnelle ou par un avion à haute altitude, qui soit capable de manœuvrer dans l'espace et revenir se poser par ses propres moyens. Fait à noter, le X-37 devait être mis en orbita à partir de la soute de l'actuelle navette spatiale, ce qui explique la petite taille de ses ailes. Ce "Approach and landing test vehicle" est utilisé pour valider la phase du vol atmosphérique et l’atterrissage. Il permettra de tester la stabilité aérodynamique, l’intégrité structurelle et les opérations de contrôle depuis le sol. À la suite des vols atmosphériques, le premier vol orbital est programmé en 2008. Mais le programme subit des retards, et le premier lancement dont le nom de code est USA-212 est finalement effectué le 22 Avril 2010 depuis le pas de tir 41 de Cap Canaveral. Le X-37B OTV-1 (" B " désigne la version militaire, "A" la version de la NASA) est mis en orbite basse par une bonne vieille fusée Atlas. La mini navette est placée sur une orbite de 450 km avec une inclinaison estimée d’après les observations d’astronomes amateurs à 40°. Le X-37B utilise ses moteurs pour relever son orbite le 9 août puis l’abaisser en 3 étapes le 6 octobre, le 1er novembre et le 12 novembre. Le 3 décembre 2010, après avoir séjourné dans l’espace durant 220 jours, l’appareil effectue une entrée dans l’atmosphère en mode automatique et se pose sur la piste d’atterrissage de la base de Vanderberg. L’Armée de l’Air n’a donné aucune information précise sur la nature de la charge utile et les activités du X-37 dans l’espace. Elle a indiqué que différentes expériences seraient menées de manière à tester les senseurs, les sous-systèmes, les composants et les différentes technologies mis en œuvre à bord du X-37B. Un deuxième X-37B (OTV-2) a été lancé par une fusée Atlas V le 5 mars 2011. L’objectif de la mission n’a pas été divulgué ; selon les militaires américains elle doit permettre de tester de nouvelles techniques spatiales.

 

Le drone X-37 dans la coiffe de son lanceur, une fusée Atlas

Ce véhicule est la première navette spatiale militaire développée par les USA depuis l’annulation du projet Dyna-Soar. La navette est conçue pour se placer en orbite basse et effectuer des manœuvres orbitales. Le X-37 peut se placer sur une orbite comprise entre 230 et 1 064 km d’altitude. Il dispose d’une autonomie de 270 jours en orbite. La rentrée dans l’atmosphère s’effectue comme pour la navette spatiale américaine en position cabrée de 40°. Le X-37 poursuit ensuite sa descente avec une pente de 20° en volant à 400 km/h, avant de se poser de manière automatique sur un terrain d’atterrissage classique. Le X-37 est long de 8,38 m pour une envergure de 4,57 mètres. Selon la NASA, la masse à vide ne dépasse pas les 3,5 tonnes[2], pour une masse totale de 5,45 tonnes. La structure, qui est isolée de l’extérieur par un bouclier thermique, utilise, contrairement à la navette spatiale, des panneaux en composite plus léger que l’aluminium qu’il remplace. Le bouclier thermique bénéficie des résultats des recherches postérieures à la conception de la navette spatiale américaine. Il utilise des tuiles en céramiquede type Toughened Uni-Piece Fibrous Insulation (TUFI), en particulier pour protéger la partie ventrale, très exposée. Ce type de tuile, qui est utilisée en remplacement sur la navette, offre plus de résistance aux chocs. Pour les parties moins exposées, le X-37 utilise également des revêtements thermiques, à la fois plus performants, et générant moins de traînée que ceux utilisés sur la navette. Enfin, le bord d’attaque des ailes n’est plus protégé par du carbone-carbone renforcé, mais par des tuiles de type TUFROC (Toughened Uni-piece Fibrous Reinforced Oxidation-Resistant Composite) traitées pour résister aux mécanismes d’oxydation à l’œuvre durant la rentrée atmosphérique.

 

Le X-37 vient d'atterrir après un séjour de 220 jours en orbite.

L’Armée de l’Air américaine n’a pas dévoilé quelles étaient les missions envisagées pour les mini-navettes automatiques de type X-37. Le coût opérationnel et l’absence de flexibilité opérationnelle de la navette spatiale américaine semblent pourtant avoir démontré que le concept ne présentait pas les avantages attendus. Les spécialistes du domaine de la reconnaissance militaire s’interrogent sur l’utilité d’un tel engin dont les missions potentielles peuvent être prises en charge par des moyens moins coûteux. Compte tenu de ses caractéristiques, le X-37B pourrait remplir les missions suivantes :

 

Plate-forme orbitale pour l’espionnage militaire. Il s’agit de l’usage le plus vraisemblable. La baie cargo de la mini-navette peut recevoir différents capteurs utilisés pour la reconnaissance radar, optique, infrarouge ou la collecte d’émissions radio (ELINT). L’efficacité de ceux-ci peut être testée en vol puis les résultats dépouillés après le retour au sol. La navette peut également être lancée rapidement pour répondre à une crise et prendre en charge un besoin précis en matière de reconnaissance militaire grâce à la capacité de reconfiguration de sa baie cargo et à sa manœuvrabilité en orbite. Le X-37 pourrait être utilisé pour mettre en orbite de petits satellites en cas de crise ponctuelle. Pour répondre à une situation de crise, les petits satellites de reconnaissance pourraient être plus rapidement installés dans la soute de la mini navette que sur une fusée. Mais le coût élevé de lancement d’une seule mini navette et sa faible capacité d’emport ne sont pas concurrentiels par rapport à l’utilisation de petits lanceurs. Par ailleurs le délai de lancement est également tributaire du temps de préparation du lanceur Atlas. Il pourrait être utilisé comme outil pour réparer et ravitailler des satellites déjà en orbite, et en récupérer des défectueux. Mais les caractéristiques du X-37 la restreint aux orbites basses (sans doute 800 km maximum) et sa baie cargo a une contenance limitée. Finalement, il ne faut pas oublier que le X-37 peut être produit en version armée pour servir de tueurs de satellites.

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