___Sur le B-58 Hustler

Le B-58, surnommé Hustler, est un bombardier à voilure delta mis au point en 1956 par la firme Convair pour le compte de l'Aviation stratégique américaine (SAC). Il a été le premier bombardier supersonique de l'USAF. Durant les années 50, l'USAF cherchait un outil offensif capable de voler suffisamment haut et rapidement pour échapper aux chasseurs soviétiques. Sa genèse remonte au début de 1949 lorsqu'une étude pour un bombardier multirôle (Generalized Bomber Study (GEBO II)) est lancée par le Air Research and Development Command (ARDC) basé sur la base de Wricht-Patterson dans l'Ohio[]. De nombreux constructeurs répondent dont les firmes Boeing, Convair, Curtiss, Douglas, Martin et North American Aviation, Convair exploite son expérience acquise sur le XF-92A pour proposer une série de configurations avec des ailes en flèches mais c'est un concept avec une aile delta qui est choisi. Le projet final de Convair, nom de code "FZP-110" est un biplace à aile delta propulsé par des réacteurs J53 de General Electric pouvant atteindre 1 600 km/h et disposant d'un rayon d'action de 4 800 km[3]. C'est lors de la conception que l'appareil reçoit le sobriquet de Hustler (escroc) qu'il conserve tout au long de sa carrière. En février 1953, l'USAF annonce qu'elle retient la proposition de Convair : un avion très aérodynamique équipé d'un énorme conteneur ventral largable, contenant à la fois du carburant et la bombe nucléaire. Des essais en soufflerie entraînent de nombreuses modifications de la cellule, notamment pour tenir compte de la loi des aires. Il faut aussi redessiner complètement le conteneur ventral et le train d'atterrissage avant, car la proposition initiale pose trop de problèmes. Le projet faillit être abandonné en 1954 et il est d'abord décidé de produire une première série de 13 avions en attendant une décision finale. Le premier prototype réalise son vol inaugural le 11 Novembre 1956. Le premier vol avec un conteneur ventral a lieu le 16 Février 1957 et le prototype dépasse Mach 2 avec un conteneur vide quelques mois après. De nombreux essais de largage du conteneur suivent, à des altitudes et vitesses de plus en plus importantes. Malgré la découverte d'un certain nombre de problèmes. L’USAF passe finalement commande de 290 exemplaires en Juin 1959 avant de réduire ses besoins à moins de 150 appareils six mois plus tard.

Vue frontale du B-58 Hustler

Le B-58 a une voilure delta avec un bord d'attaque à 60° et quatre réacteurs General Electric J79 capable de voler à deux fois la vitesse du son. Il comporte trois membres d'équipage (un pilote, un navigateur et un opérateur des systèmes de défenses) dans des cockpits séparés. Les dernières versions comportent des capsules d'éjection pour chaque membre d'équipage rendant possible une éjection à 21 000 mètres à la vitesse de 2 450 km/h. À la différence des sièges éjectables, une protection se déploie et ferme le siège de manière étanche. Des chimpanzés et des ours sont utilisés pour tester le dispositif[5]. Le XB-70 Valkyrie est équipé d'un système similaire. À cause de la chaleur générée par le vol à Mach 2, les cockpits mais également les trappes du train d'atterrissage et les systèmes électroniques sont pressurisé. Le B-58 est l'un des premiers appareils à être équipé de panneau en nid d’abeille avec de l'aluminium et de la fibre de verre. Le cockpit est conventionnel mais l'électronique de bord est relativement en avance pour l'époque. Le cockpit du navigateur et de l'opérateur présente un large tableau de bord se déployant sur les côtés avec de nombreux voyants lumineux et des messages d'alerte enregistrés sont audibles par l'intermédiaire du casque. Des recherches effectuées à l'époque montrent que les jeunes pilotes sont plus réceptifs à une voix féminine lors des situations difficiles. Northrop sélectionne donc des actrices et la chanteuse Joan Elms pour enregistrer des messages d'alarme. Les équipages des B-58 parlent de " Sexy Sally " lorsqu'ils évoquent la voix. L'armement défensif consiste en un canon Vulcan de 20 mm avec 1 200 obus. L'armement offensif se réduit généralement à une unique bombe nucléaire le long du réservoir de carburant dans la nacelle TCP (Two Component Pod) clairement visible sous le fuselage. La bombe se trouve au dessus du réservoir de carburant qui peut être largué de manière indépendante. En 1963, le B-58 est équipé de deux points d'emports double sous chaque aile permettant d'emporter des bombes nucléaires B43 ou B61 soit un total de cinq armes nucléaires par avion. Bien que l'USAF ait envisagé de lui confier un rôle de bombardier conventionnel, il n'est jamais équipé pour larguer des bombes conventionnelles. Une nacelle de reconnaissance, le LA-331 est également installée. D'autres nacelles spécialisées pour la guerre électronique ou pour emporter des missiles de croisière sont envisagées mais jamais mises en place. Le B-58 sert de plate-forme d'essai pour les quatre tests de tir du missile High Virg.

 

La capsule d'éjection du pilote

Le prototype est complété en août 1956 et le premier vol a lieu en novembre. Une difficile série de tests prolongée a lieu jusqu'en avril 1959 avec une trentaine d'appareils. La version finale est livrée en Octobre 1962. Les équipages des B-58 constituent l'élite et sont sélectionnés parmi les équipages d'autres bombardiers stratégiques. Du fait des caractéristiques particulières de l'aile delta, les nouveaux pilotes s'entraînent sur l’intercepteur F-102 Dagger. Le B-58 est difficile à piloter et les trois membres d'équipage sont constamment occupés, mais ses performances sont impressionnantes. Un Hustler légèrement chargé peut atteindre une vitesse ascensionnelle de 23 500 m/min. Bien qu'il ne puisse emporter que des armes plus légères et ait un rayon d'action plus limité que le vénérable B-52, le B-58 est très coûteux à fabriquer (en 1959, chaque B-58A valait plus que son poids en or). En 1961, le cout du programme s'élève à 3 milliards de dollars. C'est un appareil complexe qui nécessite beaucoup d'opérations de maintenance de la part de personnels spécialisés et coûte trois fois plus cher à maintenir que le B-52. Le train d'atterrissage avant pose de nombreux problèmes car il doit se rétracter en évitant la charge utile. Sa carrière est émaillée de nombreux accidents : 26 B-58 sont perdus lors d'accidents soit 22 % de la production totale. Le SAC est dubitatif depuis le départ concernant cet appareil bien que les pilotes soient enthousiastes, ses performances et son design sont appréciés bien qu'il ne soit jamais facile à piloter. Lorsque les Soviétiques déploient leurs premiers missiles anti-aériens supersoniques SA-2 et SA-3, le B-58 a été relégué à la pénétration à basse altitude. L’usure de ses surfaces va s’accélérer et l’USAF le retirera après quelques années de service.

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